A l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU), des grincements de dents au sein du personnel et des étudiants se font entendre dans les coulisses. Au mois d’avril 2024, le personnel enseignant et les étudiants ont fait grève pendant quelques semaines avec comme mots d’ordre les conditions précaires dans lesquelles se déroulent les activités pédagogiques et scientifique et les infrastructures pédagogiques en dégradation. Le tout est lié au problème de renouvellement de l’équipe dirigeante dont le mandat est à terme depuis un temps déjà. Pourquoi cela traîne? Des échos nous sont parvenus et la rédaction de trois médias (Afrique-news.tg, Interfaxpress et Togotimes) s’intéresse au sujet.
Dans le cadre de la réalisation de ce dossier, une démarche commune a été menée et qui nous a permis de réunir des documents et de collecter des informations sur le terrain. Et le constat est clair : le processus de recrutement démarré en avril 2023 s’était arrêté à mi-parcours après la sélection du cabinet AfricSearch Togo par le comité mis en place par le Conseil d’Administration en décembre 2022 de Yaoundé.
Le processus de renouvellement de l’équipe dirigeante de l’École africaine des métiers de l’architecture et de l’urbanisme (EAMAU) avance au rythme de la tortue. Le chronogramme dont le cap a été initialement fixé dans la fourchette début août à 15 août 2023 pour la publication du résultat du processus de recrutement n’a pas été respecté. Une seconde date butoir a été fixée pour juillet 2024 pour l’installation de la nouvelle équipe dirigeante par le Conseil d’Administration lors de sa session de décembre 2023. Cette nouvelle date butoir se trouve également dépassée. Une situation qui inquiète et qui suscite des grincements de dents.
En effet, cette succession de faits permet de mieux appréhender le statu quo qui entoure le processus de renouvellement de l’équipe dirigeante de l’EAMAU. En juillet 2015, sous la présidence de la Côte d’Ivoire, la 6ème session extraordinaire du Conseil d’Administration tenue à Abidjan, a adopté les nouveaux textes statutaires et procédé à la nomination de nouveaux dirigeants qui ont effectivement pris fonction le 1er septembre 2015.
La 37ème session ordinaire du Conseil d’Administration, sous la présidence du Bénin, tenue en novembre 2019 à Cotonou, a renouvelé le mandat de l’équipe dirigeante qui était arrivé à l’expiration en fin septembre 2019.
Lors de la 40ème session du Conseil d’Administration tenue à Yaoundé en décembre 2022, le Conseil d’Administration avait acté le chronogramme du processus de renouvellement de l’équipe dirigeante de l’EAMAU. Le chronogramme du processus de recrutement a fixé le cap le 15 août 2023 pour la publication du résultat du processus de recrutement. Et le Conseil d’Administration a prorogé le mandat de l’équipe dirigeante sortante jusqu’à la session du Conseil d’Administration de décembre 2023. Ainsi, la nouvelle équipe dirigeante devrait prendre fonction en janvier 2024.
Mais, contre toute attente, le processus de recrutement démarré en avril 2023 s’était arrêté à mi-parcours après la sélection du cabinet AfricSearch Togo par le comité mis en place par le Conseil d’Administration de décembre 2022 de Yaoundé. Ce faisant, au cours de la 41ème session du Conseil d’Administration en décembre 2023, à Lomé, deux fortes décisions relatives au renouvellement de l’équipe dirigeante ont été prises.
Première forte décision, c’est notamment la décision n°01/2023/CA/LOME relative au renouvellement de l’équipe dirigeante de l’EAMAU.Le Conseil d’Administration proroge le mandat de l’équipe dirigeante pour six mois assorti d’une feuille de route précise.
Il a été mis en place un comité ad’hoc de relecture des statuts, de validation, d’encadrement du processus de recrutement des quatre directeurs arrivés au terme de leur mandat et de l’installation, par le Conseil d’Administration, de la nouvelle équipe en juillet 2024.
Ce chronogramme du processus de recrutement ne sera non plus respecté. Il est à noter que c’est au cours de la période d’avril et mai 2024 que l’appel à candidatures a été élaboré par la Direction Générale. Selon nos sources, le comité ad ’hoc n’aurait pas été associé (Vraiou Faux ?) nos recherches pour avoir des précisions n’ont pas abouti. Cet appel à candidatures a été envoyé aux Etats membres par la Direction Générale pour publication. Le mois de juin 2024 où tout le processus de recrutement devrait prendre fin, c’est en ce moment que la publication a été faite et la date limite de dépôt/d’envoi des candidatures au cabinet AfricSearch a été fixée le 28 Juin 2024.
Deuxième forte décision :
Décision n°07/2023/CA/LOME relative au lancement du recrutement du Directeur Général, du Directeur des Affaires Académiques et de la Scolarité, du Directeur du Développement et de la Recherche et du Directeur de l’Administration et des Finances, le Conseil d’Administration décide :
de mettre en place un comité ad’hoc composé des Experts des États membres suivants:
o Gabon;
o Burkina Faso;
o Cameroun;
o Guinée Équatoriale.
pour validation sans délai:
o les termes de références des quatre (4) postes à renouveler;
o la relecture des statuts;
o le suivi et l’encadrement du recrutement des futurs dirigeants selon un chronogramme à rendre disponible à l’ensemble des États membres au plus tard début janvier 2024.
Le Président du Conseil d’Administration et le Vice-Président du Conseil d’Administration sont chargés du suivi du processus de recrutement.
Malheureusement, la mise en application de ces deux fortes décisions du Conseil d’Administration de décembre 2023, emboite les pas de celles de Yaoundé en décembre 2022.
Constat
Au cours de cette année 2024, le comité ad’hoc mis en place ne s’est pas réuni pour accomplir les tâches à lui attribuées par le Conseil d’Administration lors de sa session de décembre 2023. Selon l’avis de certains experts qui ont requis anonymat, les raisons avancées par la direction générale, seraient liées à des difficultés de trésorerie que traverse l’École.
Un processus vicié
Le chronogramme du processus de recrutement a été vicié et a accusé un grand retard et s’explique par les faits suivants:
- c’est au cours de la période d’avril et mai 2024 que l’appel à candidatures a été élaboré par la Direction Générale et ceci sans associer le comité ad’hoc. Cet appel à candidatures a été envoyé aux Etats membres par la Direction Générale pour publication.
- le mois de juin 2024 où tout le processus de recrutement devrait prendre fin, c’est en ce moment que la publication a été faite et la date limite de dépôt/d’envoi des candidatures au cabinet AfricSearch a été fixée au 28 Juin 2024.
- l’appel à candidatures comporte des manquements graves par rapport aux textes statutaires de l’école en vigueur. Ces manquements se trouvent au niveau des qualifications des quatre postes et concernent l’âge:
- pour les postes du Directeur Général, du Directeur des Affaires Académiques et la Scolarité et du Directeur du Développement et de la Recherche, il est écrit dans l’appel à candidatures «être âgé de 45 à 60 ans d’âge».
- pour le poste du Directeur de l’Administration et des Finances, il est écrit dans l’appel à candidatures «être âgé de 45 ans au moins et 55 ans au plus»
Voici ce que prévoit le statut général du personnel de l’EAMAU encore en vigueur en son article 18 : «Tout candidat à un emploi à l’EAMAU doit être âgé de 18 ans au moins et de 60 ans plus». Cette disposition statutaire n’a pas été modifiée à ce jour par aucune session du Conseil d’Administration.
Tous ces faits nous amènent à formuler des hypothèses suivantes sur les péripéties du renouvellement des dirigeants décidé successivement en décembre 2022 et décembre 2023.
Hypothèses sur les péripéties de l’application de la décision prise en décembre 2023 pour le renouvellement des directeurs.
1ere hypothèse
En analysant les faits, l’on peut être amener à dire qu’il y a une diversion qui se joue avec pour intention, la prolongation indéfinie de mandat. Cette diversion se fait de façon subtile empêchant le comité ad’hoc chargé du suivi du processus de recrutement de faire son travail en leur disant que l’EAMAU connait des difficultés de trésorerie.
2ème hypothèse
L’élimination de certaines candidatures potentielles internes de l’EAMAU a été bien ficelée à travers les critères d’âge insérés subtilement dans l’appel à candidatures publié en juin 2024 en violation des dispositions de l’article18 des statuts du personnel de l’EAMAU.
En mettant l’âge de 45 ans et 60 ans comme critère de qualification, tous les enseignants de l’EAMAU, candidats potentiels aux postes de directeur général, de directeur des affaires académiques et de la scolarité et de directeur du développement et de la recherche sont éliminés.
Aussi en mettant l’âge de 45 ans au moins et 55 ans au plus comme critère de qualification au poste du directeur de l’administration et des finances, les candidatures potentielles internes de l’EAMAU à ce poste sont bien éliminées.
3ème hypothèse
Le fait que l’appel à candidatures a été envoyé aux Etats membres pour publication avec cette incongruité relative aux critères d’âges illégaux, suppose que le Président du Conseil d’Administration et le Vice-Président du Conseil d’Administration l’ont validé ? Si oui, quelle interprétation faire ? Complicité ? Aux lecteurs de faire leur opinion
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4ème hypothèse
En analysant les choses, l’on est tenté de dire que, les directeurs actuels n’ont pas respecté des dispositions statutaires pour soit :
se faire reconduire par le Conseil d’Administration à la prochaine session parce que le cabinet AfricSearch déposera son rapport comme quoi il n’y a pas de candidature aussi solide que celle de ces directeurs en poste
faire recruter par le cabinet AfricSearch leurs pions qu’ils veulent placer à leurs postes;
faire annuler le processus de renouvellement des dirigeants par le Conseil d’Administration parce qu’ils savent que certains Etats membres n’accepteront pas que le comité ad’hoc ait été empêché d’accomplir ses missions et que les dispositions statutaires d’âge qu’ils ont adopté ensemble soient violées. Dans ce cas, ils seront reconduits pour assurer une phase d’intérim jusqu’au renouvellement effectif des dirigeants.
5ème hypothèse
Les appels à candidatures ont été envoyés dans les Etats membre au mois de mai 2024. La date du 28 juin 2024 fixée pour envoyer/déposer les dossiers de candidatures au cabinet AfricSearch parait est très courte compte tenu de la lourdeur dans les procédures de traitement des courriers dans les administrations de nos Etats. Ce qui a pour corollaires moins de candidatures aux différents postes parce queles Etats n’auront pas assez de temps pour faire une large diffusion de l’appel à candidatures. Le CA sera obligé de reconduire le mandat de ces directeurs.
Pour avoir quelques détails d’informations, l’équipe d’enquête a contacté le Directeur Général de l’EAMAU, Dr MOUSSA DEMBELE dans le cadre de la rédaction de ce dossier. Avec lui, les échanges se sont déroulés dans un climat bon enfant. Dr MOUSSA DEMBELE n’a pas mâché ses mots. A la question de savoir ce qui fait trainer le processus de renouvellement, il sourit avant de répondre que, « le «processus de renouvellement ne souffre de rien».
Ce qui a été dit, insiste-il est entre les mains des patrons et cela ne souffre de rien. Pour lui, c’est un « travail de haut niveau » qui se fait et que, si le Conseil d’Administration décide de quelque chose, c’est toujours « minutieux ».
Les ministres Prof. MAMADOU Saidou, Président du Conseil d’Administration de l’EAMAU et Kanka-Malik NATCHABA, Vice-Président du Conseil d’Administration de l’EAMAU, appelés à la rescousse.
Nouvellement nommé ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche du Togo, Kankan-Malik NATCHABA ne doit pas être étranger à l’EAMAU. Il est important qu’il soit interpellé ainsi que le président du conseil d’Administration, afin de situer les responsabilités. Car, la question est de savoir, à quand les textes statutaires en vigueur de l’Ecole sont modifiés. S’ils ne le sont pas, qui veut modifie alors les textes ?
Il devient important d’attirer leur attention pour qu’ils prennent des mesures urgentes pour sauver ce qui reste du processus de renouvellement des dirigeants de l’EAMAU.
De l’avis de certaines personnalités au sein de l’institution sous le couvert de l’anonymat, le constat est flagrant. Elles pensent qu’il s’agit de petites intrusions qui méritent d’être clarifiées ou purement enlevées dans l’optique de se conformer au statut régissant l’institution. Elles préconisent comme mesures, la réhabilitation du comité ad’hoc dans ses prérogatives dans le processus de recrutement; le Président du CA et/ou le Vice-Président du CA demandent au cabinet AfricSearch de ne pas tenir compte des limites d’âge fixées dans l’appel à candidatures publié en lui envoyant les limites d’âge tel que fixées par les dispositions statutaires en vigueur ;le Président du CA doit convoquer rapidement un conseil d’administration extraordinaire pour le renouvellement de l’équipe dirigeante.
Il est à rappeler que, l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU) est un établissement inter-Etats d’enseignement supérieur professionnel ayant pour vocation essentielle la formation des cadres architectes, urbanistes, paysagistes, topographes et gestionnaires urbains. Elle est créée depuis 1975. Son siège est fixé à Lomé au Togo. Elle compte aujourd’hui 14 Etats membres, à savoir : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée Equatoriale, Mali, Niger, Sénégal, Tchad et Togo.
Enquête réalisée par les rédactions : Afrique-news, Interfaxpress et Togotimes.











