Les populations des préfectures d’Amou et de Danyi ont bénéficié, les 30 septembre et 1er octobre 2026, d’une campagne de sensibilisation et de consultations foraines en santé mentale. L’initiative, portée par l’Association Santé Mentale Développement Togo (ASMDT), en collaboration avec la Société Togolaise de Santé Mentale (SOTOSAM), vise à rapprocher les soins spécialisés des populations et à favoriser une meilleure prise en charge des troubles mentaux.
À Amou-Oblo comme à Danyi-Apéyémé, la présence des spécialistes a suscité une forte mobilisation. La campagne s’inscrit dans une démarche visant à faciliter l’accès aux soins de santé mentale dans les localités où l’offre spécialisée reste limitée.
Selon le professeur Damèga Wenkourama, psychiatre addictologue, les consultations foraines et les actions de sensibilisation en santé mentale sont menées depuis plusieurs années par l’ASMDT, en collaboration avec la SOTOSAM. L’objectif est d’aller directement vers les populations afin de leur apporter des soins spécialisés.
« Chaque année, on va dans des localités qui n’ont pas de spécialistes en santé mentale pour apporter des soins de qualité à la population », a-t-il expliqué.
Cette campagne intervient après plusieurs actions similaires réalisées dans différentes localités du pays. Pour l’édition 2026 dans la région des Plateaux, Amou et Danyi ont été retenus afin de compléter la couverture des districts de la région.
Dépistage, consultations et prise en charge
La mission avait notamment pour objectifs de sensibiliser les populations aux facteurs de risque des maladies mentales, de prendre en charge gratuitement des personnes souffrant de troubles mentaux et de comportements liés à la consommation de substances psychoactives, mais également de lutter contre la stigmatisation des personnes vivant avec un handicap mental.
La consultation foraine était accompagnée d’une prise en charge pharmacologique et psychologique. Des médicaments d’urgence de première nécessité étaient notamment prévus pour les patients nécessitant un traitement.
Pour le président de l’ASMDT, Dr Florentin Ayeto, cette approche permet également de mieux faire comprendre que les maladies mentales sont des problèmes de santé qui nécessitent, comme les autres pathologies, un diagnostic et une prise en charge adaptés.
Les chiffres enregistrés au cours de cette campagne témoignent de l’intérêt suscité par l’initiative. Alors que 150 personnes étaient initialement attendues dans chacune des deux localités, 159 personnes ont été consultées à Amou-Oblo et 152 à Danyi-Apéyémé, soit un total de 311 consultations, selon le professeur Wenkourama.
Briser les préjugés autour de la maladie mentale
Au-delà des consultations, la campagne a accordé une place importante à la sensibilisation. Les organisateurs ont insisté sur la nécessité de lutter contre les préjugés et la stigmatisation qui entourent encore les troubles mentaux.
Pour le Dr Ayeto, les causes des maladies mentales peuvent être multiples et associer différents facteurs, notamment des facteurs de vulnérabilité et des facteurs environnementaux. Il souligne également que certaines affections peuvent présenter des manifestations nécessitant une évaluation médicale afin de distinguer les dimensions somatiques et psychiatriques.
Cette démarche vise donc à encourager les personnes concernées et leurs familles à rechercher une prise en charge médicale plutôt qu’à laisser la maladie évoluer sans accompagnement.
Les autorités locales saluent l’initiative
À Danyi-Apéyémé, comme à Amou, les autorités locales ont salué l’arrivée de cette équipe spécialisée. Le préfet de Danyi, M. Amavi Koumagnanou, a notamment relevé la difficulté, pour certaines populations éloignées, d’accéder régulièrement à des spécialistes de santé mentale.
Il a également insisté sur l’importance de maintenir le contact entre l’équipe de spécialistes et le personnel de santé local afin de permettre la continuité du suivi des patients après la campagne.
Le responsable local a par ailleurs appelé à la poursuite de cette dynamique, estimant que les difficultés liées à la santé mentale doivent être considérées comme des problèmes de santé nécessitant une prise en charge et un suivi.
À Amou-Oblo, le directeur préfectoral de la santé, le médecin généraliste, le préfet d’Amou, le maire d’Amou-Oblo ainsi que plusieurs autres personnalités locales ont également participé à l’activité, selon les éléments recueillis dans le cadre de la mission. Les patients rencontrés ont, pour leur part, exprimé leur satisfaction quant à la présence des spécialistes et leur espoir de bénéficier d’une prise en charge adaptée.
Au-delà des consultations ponctuelles, les organisateurs souhaitent inscrire l’intervention dans la durée. Deux points de suivi en santé mentale ont été créés au CMS d’Amou-Oblo et au CHP de Danyi-Apéyémé, avec un accompagnement et un lot de produits.
La campagne comprend également un volet de renforcement des compétences des professionnels de santé. Une formation continue a notamment porté sur l’intervention précoce, les troubles du neurodéveloppement et la prévention du suicide.
À travers cette initiative, l’ASMDT et la SOTOSAM entendent ainsi renforcer l’accès aux soins de santé mentale, développer le dépistage précoce et favoriser une meilleure acceptation des personnes vivant avec des troubles mentaux.
Pour les acteurs engagés dans cette campagne, le défi reste désormais de faire en sorte que les patients identifiés puissent bénéficier d’un suivi régulier au sein des structures sanitaires locales, afin que les consultations foraines constituent non pas une intervention isolée, mais un point de départ vers une prise en charge durable.
Il convient de noter que cette initiative bénéficie du financement d’Expertise France à travers le Projet Tripartite associant le CHU Campus de Lomé, le CH Le Vinatier de Lyon et le CH Esquirol de Limoges.













