Manon Sessi : Tracer la mémoire capillaire sur les rochers de l’ espace muséal THOMAS SANKARA de Toyaga

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DISSIN (Burkina Faso), Au cœur du site granitique Thomas SANKARA de Toyaga, lors de la 6e édition du Festival des Arts Rupestres du Sud-Ouest, l’artiste visuelle béninoise Zannou Sessi Régine Manon,  membre du collectif de grafeur street Hum’Art a marqué les esprits avec une démarche artistique puissante, ancrée dans l’histoire, la résistance et l’identité.

 

Son travail, porté par une sensibilité rare et une profondeur narrative assumée, explore la mémoire du corps féminin africain à travers deux œuvres majeures : Cartographie Capillaire et Homin-Dá .

Cartographie Capillaire : Quand les tresses racontent la fuite et la survie

 

Avec Cartographie Capillaire, Manon Sessi redonne voix à une histoire trop souvent oubliée : celle des tresses africaines comme outil de résistance pendant l’esclavage. Loin d’être de simples ornements esthétiques, les coiffures tressées servaient de cartes mentales, d’outils de géolocalisation, voire de cachettes secrètes pour des graines ou des objets essentiels.

« Ces tresses, c’était plus que de l’esthétique. C’était une carte, une cache, une stratégie. Une manière d’exister et de résister », affirme l’artiste.

En gravant ces motifs capillaires sur la pierre de Toyaga, Manon Sessi transforme le granit en peau historique, où le cheveu devient récit, et le récit devient acte de mémoire collective.

 

Homin-Dá: Le cheveu, le masque, et l’intériorité sacrée

Dans sa deuxième œuvre, intitulée « Homin-Dá », signifiant « tressé à l’intérieur » en langue fon, l’artiste approfondit sa réflexion. Ici, le cheveu devient un espace intime de construction identitaire, mais aussi un lieu politique et spirituel.

 

Au centre de cette œuvre, elle convoque la figure mythique du masque Guèlèdè, emblème de la culture yoruba-nago. Représentant la sagesse féminine, la parole communautaire et l’ordre social, ce masque est ici réinterprété et inscrit dans une dynamique contemporaine.

« Je voulais que la pierre parle avec les cheveux. Que l’ancestral devienne contemporain. Que le masque Guèlèdè ne reste pas dans un musée, mais entre dans nos corps, nos récits, nos luttes », confie-t-elle.

Par cette œuvre, Manon Sessi affirme que le féminin africain est à la fois racine et mouvement, silence et cri, mémoire et avenir.

 

L’art comme archive vivante et résistance douce

 

La participation de Manon Sessi au festival ne s’est pas limitée à une exposition formelle. Elle a profondément dialogué avec le site, les autres artistes et les communautés locales. Son approche artistique où le cheveu, la pierre et le masque deviennent matériaux de mémoire a impressionné par sa cohérence et sa force évocatrice.

 

Loin d’un art décoratif, son travail interroge : Comment la mémoire se transmet-elle ? Où se cachent nos résistances ? Que disent nos corps oubliés ?

Sur les pierres de Toyaga, ces questions prennent racine, et trouvent des réponses sensibles, incarnées, vibrantes.

 

Une voix béninoise au cœur d’un patrimoine panafricain

 

Manon Sessi a rejoint à Dissin une quinzaine d’artistes plasticiens venus du Burkina Faso, du Mali, du Togo et du Bénin, pour cette 6e édition riche en événements : performances, masterclass, reboisement de plus de 1300 arbres, et dialogue permanent entre passé et présent.

À travers ses œuvres, elle a su tisser une mémoire féminine, réhabiliter une histoire souvent invisible, et faire de l’art un langage de réappropriation culturelle. En cela, elle s’impose comme l’une des figures montantes de la scène artistique béninoise contemporaine.

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