Éditorial :   quand la coupe du monde 2026 pue la politique et le racisme…

0

Le ballon rond n’est plus rond. Il est déformé par les géants de la géopolitique, cabossé par les discriminations, et souillé par un parfum de scandale que l’on ne peut plus ignorer.
​À l’origine, le football est une promesse. Un langage universel. Le sport roi est censé être ce terrain neutre où seule parle la magie du jeu, où le talent nivelle les classes sociales, où les nations se rencontrent pour célébrer la fraternité. C’est un vecteur de paix, un puissant levier d’émancipation et de communion populaire. Du moins, c’est ce que dit la légende.
​Car aujourd’hui, le terrain est miné. La Coupe du Monde 2026, projetée en mondovision depuis les mégapoles ultra-capitalistes des États-Unis, empeste la politique de bas étage et le racisme systémique.
​Le mépris en mondovision : l’Afrique humiliée aux frontières
​Sous les projecteurs des stades géants du bloc américain, le constat n’est plus seulement à l’amertume, il est à l’indignation. Pour les nations africaines et les pays du Sud global, ce Mondial ressemble à un piège cynique où la paranoïa sécuritaire se confond avec le racisme d’État. Les preuves sont là, flagrantes, révoltantes.
​Le traitement indigne de la délégation sénégalaise : Faut-il rappeler l’accueil glacial, frôlant l’interrogatoire criminel, subi par la délégation officielle du Sénégal à son arrivée sur le sol américain ? Des champions d’Afrique fouillés, retardés, suspectés, traités non pas comme des ambassadeurs du sport mondial, mais comme des indésirables. Une humiliation administrative qui en dit long sur la considération accordée au continent.
​Le scandale Omar Abdulkadir Artan : Le cas de ce prodige du sifflet de 34 ans est le symbole absolu de cette infamie. Premier arbitre somalien de l’histoire sélectionné pour une Coupe du Monde, sacré meilleur arbitre africain de l’année 2025 par la CAF, Omar Abdulkadir Artan a vu son rêve brisé sur le tarmac de la Floride. Le 6 juin 2026, il a été brutalement refoulé à l’aéroport de Miami pour de fallacieux « problèmes de vérification » et des soupçons d’association délirants. Un déni de justice, un délit de faciès institutionnalisé qui lie arbitrairement sa nationalité au terrorisme.
​Le mur des visas : Pendant ce temps, des milliers de supporters africains, pourtant munis de billets achetés à prix d’or, se voient interdire l’accès au territoire américain. Une sélection par le passeport, un filtrage humiliant qui dit haut et fort : « Donnez-nous votre spectacle, mais gardez vos peuples chez vous. »
​L’Afrique subit le jeu, subit le mépris, et la FIFA attend d’elle qu’elle se taise.
​FIFA et UEFA : Le double jeu des instances
​Face à cette nausée ambiante, la passivité de la FIFA frôle la complicité. Plutôt que de défendre son officiel et de taper du poing sur la table face à l’arrogance américaine, l’instance dirigée par Gianni Infantino a lâchement choisi de courber l’échine : elle a tout simplement rayé Artan de la liste des arbitres du Mondial. Circulez, il n’y a rien à voir. Le football mondial s’est agenouillé devant l’oncle Sam. Les dollars des droits TV américains et les profits des multinationales valent apparemment plus que l’honneur d’un homme et la dignité d’un continent.
​Pendant que la FIFA s’enfonce dans sa lâcheté mercantile, l’Europe du football lui inflige une gifle magistrale. Dans un contre-pied historique, l’UEFA vient de nommer ce même Omar Abdulkadir Artan pour officier lors de la prestigieuse Supercoupe d’Europe 2026 entre le PSG et Aston Villa, le 12 août prochain à Salzbourg. Cherchez l’erreur. Suspect de second rang à Miami, mais digne de confiance au cœur de l’Europe ? Ce camouflet met à nu l’absurdité et le fond politique des décisions américaines.
​De retour à Mogadiscio, Artan a été accueilli en héros national. La tête haute, le regard fier, il promet déjà d’être au rendez-vous du Mondial 2030. Mais le mal est fait.
​La paix piétinée.
​Attention au retour de flamme. On ne joue pas impunément avec la dignité des peuples. Le football a ce pouvoir unique d’unir, mais lorsqu’il est perverti par l’injustice, l’exclusion et le tri sélectif des êtres humains, il devient un catalyseur de haine.
​En tolérant ce traitement à deux vitesses, en acceptant qu’un officiel d’élite soit traité comme un criminel en raison de ses origines, les instances dirigeantes plantent les graines d’une discorde mondiale. Les conséquences à long terme vont piétiner la paix :
​Rupture définitive du dialogue entre le Nord et le Sud.
​Radicalisation des positions identitaires sur et en dehors du terrain.
​Un sentiment de dégoût légitime qui poussera, demain, au boycott d’un sport qui a vendu son âme.
​La paix mondiale n’avait pas besoin que la Coupe du Monde devienne le miroir des pires démons de l’Amérique. Si le Mondial 2026 continue de puer la politique et le racisme, la fête se terminera dans la cendre de nos espoirs de fraternité. Et ce jour-là, le réveil de la FIFA sera brutal.

​Gérald KPOGO

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici