Sécurité alimentaire : Lomé, laboratoire des engagements de l’Union africaine

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Du 19 au 23 octobre 2026, une mission de haut niveau de l’Union africaine réunit le Togo et le Bénin autour d’une question simple : comment transformer les engagements agricoles en investissements concrets ?

Il y a des réunions où l’on proclame, et d’autres où l’on construit. Celle qui s’est tenue à Lomé entend appartenir à la seconde catégorie. Pendant cinq jours, la capitale togolaise a accueillie une mission de la Commission de l’Union africaine chargée d’accélérer, au Togo comme au Bénin, l’application de la Déclaration de Kampala sur le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture en Afrique (PDDAA).

Après Malabo, l’heure de vérité

Adoptée en janvier 2025, la Déclaration de Kampala a pris le relais des engagements de Malabo. Son cap : la résilience, la durabilité, l’inclusion et la mobilisation des investissements. Mais les orientations ne suffisent plus. Ce que l’on attend désormais, ce sont des réponses opérationnelles, financées et mesurables.

Ouvrant les travaux au nom du ministre de l’Agriculture, le directeur de cabinet Dindiogue Konlani a réaffirmé la détermination du gouvernement à transformer le secteur. Les chiffres qu’il a présentés plaident en sa faveur : le taux de couverture des besoins alimentaires est passé de 138 % en 2016 à 153 % en 2024, avec un excédent céréalier de plus de 1,37 million de tonnes. Sur la même période, la sous-alimentation a reculé de 16,1 % à 9,1 %.

Des résultats attribués au Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN), et qu’il s’agit désormais de consolider. C’est le rôle du Programme de modernisation de l’agriculture au Togo (ProMAT), adopté en mars 2025 pour la période 2025-2034. Fruit d’un processus participatif, il vise à accroître la production, renforcer la résilience des exploitations, valoriser les produits, faciliter l’accès au financement et améliorer la gouvernance. Ses quatre axes épousent les priorités de Kampala.

Les obstacles demeurent pourtant : dérèglement climatique, maîtrise insuffisante de l’eau, mécanisation limitée, accès restreint aux intrants et au crédit, transformation encore partielle des produits.

« Dépasser les approches habituelles »

Au nom de la Commission de l’Union africaine, le commissaire chargé de l’Agriculture, du Développement rural, de l’Économie bleue et de l’Environnement durable, Moses Vilakati, a plaidé pour l’urgence. L’Afrique, a-t-il insisté, doit dépasser les approches habituelles et faire de la mise en œuvre de ses engagements une priorité absolue.

Le potentiel est réel. Diversité des zones agroécologiques, ressources en terres et en eau, position stratégique en Afrique de l’Ouest : le Togo et le Bénin disposent d’atouts pour accroître leur production et dynamiser les échanges régionaux. Première piste : réduire la dépendance aux importations de riz et d’huiles alimentaires, grâce à l’irrigation, aux semences de qualité, aux engrais, à l’investissement privé et à la transformation locale. Au-delà, le renforcement du stockage et du commerce transfrontalier permettrait de mieux servir la demande régionale et de tirer parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Des propositions finançables

La mission doit déboucher sur des propositions concrètes et finançables. Les travaux techniques devront préciser les chaînes de valeur prioritaires, les interventions, les investissements requis, les institutions responsables, les résultats attendus et les échéances.

Cette feuille de route suppose l’engagement de tous : État, organisations de producteurs, secteur privé, partenaires techniques et financiers, société civile, femmes et jeunes. L’objectif affiché est de passer d’une logique de coopération à une dynamique de co-construction et de co-investissement.

À Lomé, le message est limpide : l’avenir de l’agriculture africaine se jouera moins dans la qualité des stratégies que dans la capacité collective à les appliquer.

Serges

 

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